WordPress 5.8 “Tatum”

Par Aurélien Denis

WordPress 5.8 est disponible au téléchargement avec un lot conséquent de nouveautés sur l’éditeur de blocs, les médias, les extensions, les thèmes et bien plus encore. Tour d’horizon complet des changements apportés par cette nouvelle version majeure nommée en l’honneur de Art Tatum, célèbre pianiste de jazz.

Top 8 des nouveautés de WordPress 5.8

Les prémices du Full Site Editing

WordPress 5.8 forge les bases de l’édition complète d’un site Internet directement depuis l’interface d’administration. C’est la suite logique au projet Gutenberg et l’apport de l’édition par blocs dans l’éditeur de contenu – plus communément appelé éditeur moderne ou par blocs par opposition à l’éditeur classique.

Concrètement, il sera désormais possible de modifier la totalité des modèles dont les pages d’archives, d’accueil, ou encore la page d’erreur 404. Jusqu’à présent seuls les développeurs étaient à même d’opérer les changements souhaités en termes de structures de page en modifiant le code du thème.

Néanmoins, deux points importants à prendre en compte :

  1. Seuls les thèmes compatibles avec le FSE autoriseront l’accès à ces nouvelles fonctionnalités. Le thème le plus souvent cité à ce jour est le TT1 Blocks basé sur le thème par défaut de l’année Twenty Twenty-One ;
  2. Le FSE reste encore très loin d’un constructeur de pages complet comme le propose l’extension Elementor pour ne citer qu’elle. Sur la version 5.8, ce sont les modèles de blocs et l’éditeur de widgets par blocs qui sont disponibles ;

Il faut espérer que de nouveaux thèmes seront proposés au téléchargement par la suite. En attendant, vous pouvez toujours ajouter manuellement cette ligne de code dans votre fichier functions.php pour profiter des modèles de blocs :

add_theme_support('block-templates');

L’ajout de cette ligne de code a pour effet de débloquer un module Modèles dans l’éditeur de contenu :

Vous pouvez donc appliquer un modèle à l’ensemble d’un contenu et ainsi fluidifier la rédaction de ces derniers. C’est similaire aux modèles de pages – et aux types de contenus depuis peu, dont nous bénéficions déjà depuis des années mais sans l’approche par blocs.

Pour ma part, je trouve la dénomination génératrice de confusion. De même, l’interface n’est guère très intuitive à utiliser. Cela manque de souplesse et de fluidité. J’ai du mal à voir l’intérêt de telles fonctionnalités pour les utilisateurs car ces derniers utilisent déjà des constructeurs de pages bien plus aboutis. Les développeurs quant à eux préféreront passer par le code directement.

Des blocs de thèmes font également leur apparition avec la 5.8, conséquence logique des informations précédentes :

La fin des widgets

La disparition des widgets étaient annoncée depuis plusieurs années : c’est désormais le cas mais rassurez-vous il s’agit ici d’un changement technique et non d’une suppression. Les blocs de l’éditeur moderne sont à présent disponibles, les widgets existants continuent à fonctionner et à cohabiter. C’est une avancée positive permettant de penser les structures de pages en termes de blocs où que l’on se situe dans l’interface d’administration.

Le thème TT1 Blocks dispose d’une zone de widgets pour le pied de page

Si vous ne souhaitez pas bénéficier d’une telle fonctionnalité, libre à vous de restaurer l’éditeur de widgets classique.

La fin du support pour Internet Explorer 11

Internet Explorer 11 n’est plus supportée par WordPress. Cela signifie que si vous rencontrez des problèmes à l’avenir, ils ne seront pas corrigés. Vous devez basculer sur un navigateur moderne tel que Mozilla Firefox ou équivalent.

Le support du format WebP pour les images

Ce format d’image développé pour supplanter JPG, PNG et GIF est largement supporté par les navigateurs modernes bien qu’encore partiellement sous Safari sur macOS – pas de soucis sous iOS. Il dispose d’une compression accrue et gère la transparence.

Développé par Google, il est souvent cité en exemple pour optimiser le temps de chargement de vos images. Attention toutefois au degré de compression et aux résultats obtenus en termes de qualité.

Vous pouvez donc envoyer vos photos dans ce format sous réserve que le serveur supporte également cela.

Des images hautes en couleurs

Le bloc Image offre un nouveau réglage permettant d’activer un duo de couleurs afin d’appliquer une teinte. Voici un exemple avec une image colorée :

Une option pratique pour le passage en noir et blanc principalement

Autre option bien pratique : l’ajout de texte ou de combinaisons de blocs sur l’image. Vous pouvez ainsi ajouter un titre et un bouton d’appel à l’action en toute simplicité.

Un exemple simple et rapide pour créer des zones d’appel à l’action

Nouveau bloc pour lister des contenus

À la manière d’une WP_Query avec un nombre restreint de paramètres, le bloc Boucle de requête fait son apparition dans l’éditeur. Il offre la possibilité de générer une requête personnalisée pour récupérer vos contenus sans faire de code. Vous pouvez ainsi lister les X derniers articles à l’emplacement de votre choix comme dans un widget. Tous les types de contenus sont supportés et différentes structures sont proposées – il s’agit en réalité d’un assemblage de blocs.

Toutefois, ne vous attendez pas à pouvoir créer des boucles complexes avec de nombreux paramètres. Cela reste assez limité pour l’instant. Il est, par exemple, impossible de mixer plusieurs types de contenus.

Légère évolution de la vue en liste des blocs

Dans l’éditeur par blocs, une icône située dans la barre supérieure nous offre une vue liste et hiérarchisée ce qui n’était pas le cas auparavant. Un moyen pratique pour visualiser une structure de pages et les nombreuses imbrications par blocs.

Introduction du fichier theme.json dans les thèmes

Cette nouveauté concerne principalement les développeurs de thèmes qui, comme votre humble serviteur, disposeront désormais d’un moyen pour configurer par le code l’éditeur par blocs. Ce fichier theme.json offre le contrôle global ou par blocs sur des réglages en lien avec le design system comme les couleurs, les tailles de polices, les duos de couleurs, les marges intérieures et extérieures, etc.

Ce fichier theme.json s’enrichira facilement au fil des évolutions de l’éditeur. On s’évite ainsi l’ajout de multiples add_theme_support tout en bénéficiant de la souplesse d’écriture du format JSON. La fin du support de Internet Explorer 11 autorise également les variables CSS !

Toutes les information détaillées dans la note dédiée aux développeurs.

Suppression en un clic des items de menus

C’est une correction d’un ticket de 9 ans d’âge qui nous apporte la possibilité de supprimer en masse plusieurs éléments d’un menu de navigation. Simple et efficace !

Télécharger WordPress 5.8

Vous pouvez obtenir gratuitement la mise à jour via le module Tableau de bord puis Mises à jour de votre interface d’administration ou en téléchargeant directement l’archive.

WordPress 5.8 'Tatum'

La version française de WordPress 5.8 "Tatum".

Taille : 16,5 Mo  • Hits : 31

Comme toujours, je recommande au préalable une sauvegarde intégrale de vos données (fichiers et base de données) pour éviter tout problème. Si vous n’êtes pas pressé, patientez 3-4 semaines afin de bénéficier des correctifs postérieurs à la nouvelle version.

Mon avis sur WordPress 5.8

WordPress 5.8 apporte le premier véritable lots de nouveautés en lien avec le Full Site Editing dont la seconde partie sera livrée en fin d’année pour la 5.9.

Pour ma part, je reste dubitatif sur ces évolutions pour plusieurs raisons :

  1. L’expérience utilisateur et les interfaces utilisateurs (UX / UI) restent complexes à prendre en main : des comportements sur des boutons à bascule inattendus (d’ordinaire, un clic ouvre l’élément, un autre clic le referme), l’absence d’outils de sélections des blocs (il faut souvent deviner où cliquer pour accéder aux réglages), des performances médiocres dans le Customizer, la présence d’ascenseurs, un panneau latéral que l’on ne peut pas élargir, des dénominations pas toujours compréhensibles y compris en anglais, etc. c’est décourageant et contre-productif. Je rédige toujours plus rapidement sans passer par Gutenberg malgré l’utilisation de l’éditeur par blocs depuis plusieurs mois sur ce blog ;
  2. La volonté de concurrencer les constructeurs de pages / sites comme Elementor, Beaver Builder ou encore Divi Builder me laisse pantois : d’une part, on mobilise une grosse partie des contributeurs pour réinventer la roue et d’autre part, c’est un mauvais signal envoyé aux concepteurs d’extensions qui auront toujours le risque de perdre leur business – ou du moins une partie, dès lors que des fonctionnalités qui relevaient jusqu’à présent du domaine des extensions passent désormais dans le coeur de WordPress. La question se pose par exemple pour le multilingue qui sera géré nativement dans quelques années alors même que des acteurs majeurs font cela très bien ;

En revanche, les évolutions hors Gutenberg / FSE restent comme toujours très appréciables et dans la suite logique du projet WordPress sur lequel j’ai commencé en 2007. D’ailleurs, le fait que Gutenberg soit un projet à part entière avec ses versions qui lui sont propres – on peut l’installer comme extension, se font largement ressentir à l’utilisation comme étant quelque chose greffé à WordPress.

À l’instar des constructeurs de pages existants – et à défaut de contribuer directement avec eux, j’aurais préféré installer Gutenberg comme une extension. Cela aurait eu le mérite de respecter mon choix de concepteur de sites sans rien m’imposer… ce qui est quelque part la philosophie d’un logiciel libre. On pourra m’objecter que cela n’est pas envisageable car les modifications doivent impacter nécessairement le coeur de WordPress. Je peux comprendre cet argument mais les autres solutions ont réussi à trouver des approches tout aussi performantes et bien plus efficaces pour l’utilisateur final. Bien que n’étant pas un fervent défenseur de ces solutions, il faut leur reconnaître un succès commercial indéniable.

Ni comme utilisateur, ni comme développeur, je ne vois d’intérêt à utiliser le FSE pour atteindre un résultat identique à celui obtenu aujourd’hui via un thème sur-mesure combiné à Advanced Custom Fields. Mais l’avenir me fera peut être changer d’avis, cela ne doit pas nous empêcher de rester attentif aux évolutions bien au contraire.

En attendant, je vous invite à partager vos avis en commentaires et à retrouver la liste complète des changements sur le billet officiel. On n’oubliera pas de remercier les très nombreux contributeurs bénévoles répartis sur la planète qui ont permis la sortie de cette version 5.8 de WordPress.

Par Aurélien Denis

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2 commentaires
  1. Li-An

    Ah ben mince, je viens justement de supprimer assez laborieusement toute une série d’entrées de menu sur mon blog. Si j’avais su, j’aurais patienté quelques jours 🙂
    Je peux enfin pouvoir parler de Gutenberg en connaissance de cause puisque je viens de créer mon premier contenu avec (une bibliographie). Finalement, ça s’est mieux passé que prévu, je n’ai pas eu envie de tout bazarder au bout de cinq minutes. Il y a eu donc du progrès au point de vue ergonomique. Mais comme vous le signalez certaines lacunes sont frustrantes, le pire étant l’impossibilité de savoir où cliquer pour faire apparaître le bloc ou les options du bloc. J’ai créé des blocs paragraphes très petits et il était presque impossible de les resélectionner rapidement – la navigation par flèche était tout aussi capricieuse. Sans comptes des fonctionnalités de Classic Editor toujours pas intégrée (le choix de la taille des miniatures pour les galeries) . Mais dans l’ensemble, ça a servi mon besoin : créer une mise en page assez rapidement avec du CSS personnalisé pour certains blocs sans avoir à taper du code – j’ai quand même un petit problème d’affichage peut-être lié au thème.

    Pour ce qui est de la concurrence frontale avec Elementor et consort, je pense que leur popularité a probablement forcé la main à WP. Il y a un risque à long terme que WP devienne un moteur de contenu avec une interface Elementor qui aurait fini par voler la vedette – d’ailleurs la promotion d’Elementor récente faisait passer un message du type « Oubliez WP et sa lourdeur, découvrez l’avenir avec Elementor », une vision plutôt biaisée de la réalité puisque ça faisait croire à l’utilisateur qu’Elementor était un concurrent direct de WP lui-même. Comme vous, j’aurai préféré voir Gutenberg comme une extension que comme faisant partie du core. Mais je le favoriserai par rapport aux constructeurs de pages qui ont un gros défaut : que se passera-t-il si ils rencontrent un problème particulier ? Et bien tout le contenu de l’utilisateur sera perdu et à refaire. J’ai croisé une personne qui voulait transférer tout son contenu créé avec un constructeur vers Elementor et il n’y avait plus qu’à refaire tout manuellement. C’est donc assez catastrophique d’un point de vue compatibilité. Si j’étais Elementor, je ferai comme pour les navigateurs alternatifs à Chrome : je créerai carrément un produit basé sur le moteur de WordPress avec Elementor comme interface par défaut.
    Gutenberg pour un contenu de blog régulier c’est juste contre productif (je m’étais moqué d’un rédacteur sur le Web qui chantait les louanges de Gutenberg dans un long article… où il n’avait visiblement utilisé aucune des fonctionnalités dusdit Gutenberg) mais j’ai prévu de faire une page d’accueil sous peu. En conclusion : longue vie à Disable Gutenberg qui nous laisse le choix entre les deux éditeurs.

    1. Aurélien Denis auteur de l’article

      Merci de ce retour très enrichissant pour lequel je partage l’analyse !

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