L’édition complète de site ou Full Site Editing marque un changement de paradigme dans la conception de sites Web sous WordPress. Elle introduit une approche low-code voire no-code qui replace le design au centre des préoccupations.
Qu’est-ce que le Full Site Editing ?
Commençons par replacer cette évolution dans son contexte, c’est-à-dire dans le projet Gutenberg.
La première phase de ce projet a été introduite officiellement dans WordPress 5.0 à la fin de l’année 2018. Elle amenait un nouvel éditeur de contenu reposant sur l’utilisation de blocs. Chaque élément dans une publication est un bloc indépendant : titre, paragraphe, image, vidéo, citation, etc. Rapidement, nous avons opposé l’éditeur dit classique basé sur TinyMCE avec sa légendaire barre d’outils largement répandue sur les outils Web, à l’éditeur dit moderne développé directement dans le cœur du CMS. De nombreuses années ont été nécessaires pour stabiliser l’éditeur qui offre désormais d’excellentes performances et une stabilité éprouvée. Cette première étape du projet a longtemps suscité de nombreuses interrogations au sein de l’écosystème WordPress voire même de vives tensions, le plus souvent liées à des incompréhensions légitimes et des défauts de communication. Je vous faisais d’ailleurs part de mon scepticisme dans un article dédié à l’avenir de WordPress, avis que je ne partage plus depuis que l’éditeur de site est sorti de sa phase bêta, au printemps 2023 avec WordPress 6.2. L’édition complète de site était, quant à elle, arrivée dès janvier 2022 avec WordPress 5.9 et le premier thème par défaut basé sur les blocs, Twenty Twenty-Two.
Le Full Site Editing ou FSE correspond à la phase 2 du projet Gutenberg. Il s’agit d’une extension du concept d’édition de contenu, dans laquelle les utilisateurs ont désormais un contrôle complet sur la conception et la mise en page de leur site, directement depuis l’interface d’édition. Notez que la documentation officielle ne parle plus guère de « Full Site Editing » : elle emploie les termes d’éditeur de site et de thèmes basés sur les blocs. Le sigle FSE reste toutefois très répandu dans la communauté, je le conserve donc ici.
Au lieu d’être limité aux simples modifications de contenu, le Full Site Editing permet aux utilisateurs de manipuler les blocs, les en-têtes, les pieds de page et même les modèles de page entiers. Cela ouvre de nouvelles possibilités de personnalisation et d’expression créative pour les propriétaires de sites Web en passant d’un éditeur de contenu à un éditeur de site.
Les évolutions du FSE de WordPress 6.5 à WordPress 7.1
L’éditeur de site progresse à chaque version majeure. Voici les principales étapes depuis la première version de ce guide :
- WordPress 6.5 (avril 2024) : la bibliothèque de polices, et l’API Block Bindings qui relie les blocs natifs à des champs personnalisés ;
- WordPress 6.6 (juillet 2024) : les surcharges de composition, pour modifier le contenu de chaque occurrence d’une composition synchronisée sans toucher à sa mise en forme ;
- WordPress 6.9 (décembre 2025) : les Notes, des commentaires attachés aux blocs pour relire à plusieurs, et le bloc Accordéon ;
- WordPress 7.0 (mai 2026) : une interface d’administration modernisée, la superposition du menu de navigation sur mobile, désormais conçue avec des blocs et des compositions, le choix des blocs visibles selon la taille d’écran, les blocs Icône et Fil d’Ariane, et une page Apparence > Polices pour tous les thèmes ;
- WordPress 7.1 (août 2026) : des styles différents selon la taille d’écran, dans les styles globaux comme pour un bloc précis, les états de survol, de focus et d’activation des boutons et des liens de navigation sans CSS, ainsi que les blocs Onglets et Liste de lecture.
Quelles sont les nouvelles fonctionnalités apportées par le Full Site Editing ?
Je vous propose un tour d’horizon complet des fonctionnalités de l’éditeur de site, accessible depuis Apparence > Éditeur. Elles sont légion, comme vous allez pouvoir le constater. Dans WordPress 7.1, le menu de l’éditeur compte six entrées : Identité (titre, slogan, logo et icône du site), Styles, Pages, Navigation, Compositions et Modèles.
Navigation : la gestion des menus par les blocs
Ce premier écran liste l’ensemble des blocs de type navigation et vous donne la possibilité de les éditer de manière centralisée. C’est l’héritier de l’ancien système que l’on retrouvait depuis Apparence puis Menus.
Ainsi, chaque fois que vous ajouterez un bloc de navigation dans vos modèles, il sera listé ici vous facilitant l’édition – il reste bien entendu possible de les éditer depuis vos modèles. Vous aussi pourrez renommer les menus à votre guise.

Avec un thème basé sur les blocs, l’ancien écran Apparence > Menus n’apparaît d’ailleurs plus, sauf si le thème ou une extension le réactive. Moins intuitif au départ que l’ancien système, le bloc Navigation offre en revanche une prévisualisation fidèle du rendu final et des options plus complètes. Depuis WordPress 7.0, vous concevez la superposition du menu mobile avec des blocs et des compositions. Depuis WordPress 7.1, vous pouvez aussi personnaliser l’apparence des liens au survol, au focus et à l’activation, sans CSS.
Styles : un outil pour manipuler le design system
Que l’on parle de charte graphique, de guide de styles ou encore de design system, cet écran styles répond à la nécessité de pouvoir modifier facilement la quasi-totalité de la mise en forme de votre site – notez que je ne parle plus de thème ici. Les spécialistes vous expliqueront les différences qu’il existe entre ces termes mais je préfère me concentrer ici sur les possibilités offertes par ce module.
Tout d’abord, notez que chaque version majeure de WordPress renforce les apports de cet écran en l’enrichissant de réglages toujours plus nombreux.
Deux ajouts de WordPress 7.1 changent la donne pour les web-designers. Vous pouvez désormais définir des styles différents selon la taille d’écran, dans les styles globaux comme pour un bloc précis, et régler les états de survol, de focus et d’activation des boutons, le tout sans écrire une ligne de CSS. Les développeurs de thèmes peuvent déclarer leurs propres points de rupture dans theme.json.
Nous distinguons 5 sous-modules dans cet écran :
- Parcourir les styles : si votre thème embarque des variations de styles, alors vous pourrez en choisir une de votre choix en cliquant directement sur le visuel situé en haut du panneau. Très pratique pour donner une ambiance complètement différente à votre site en quelques clics sans passer par des manipulations de styles hasardeuses ;
- Typographie : pour définir les réglages de typographies des différents éléments généraux comme le corps de texte, les niveaux de titres, les liens, les légendes ou encore les boutons ;
- Couleurs : retrouvez la palette de couleurs propre à votre thème ici. Cette liste de couleurs pré-définies vous évitera de sortir du cadre posé par votre charte graphique et ainsi de conserver une cohérence d’ensemble respectueux du travail du web-designer. Si votre thème vous y autorise, vous pourrez malgré tout définir des couleurs personnalisées que vous serez en mesure de réutiliser dans les réglages de blocs ;
- Mise en page : ce panneau vous permet de définir les tailles des conteneurs (contenu et large) dans les unités de votre choix, les marges internes et les espacements des blocs. Sans doute le panneau le plus technique sur les répercussions à connaître ;
- Blocs : c’est ici que vous pourrez appliquer des réglages globaux sur chacun de vos blocs qu’ils soient natifs WordPress, apportés par le thème ou par les extensions. Les réglages diffèrent pour chacun des blocs ;
Sur le plan technique, retenez qu’il existe 4 niveaux d’imbrication pour les styles avec par ordre décroissant :
- Le core de WordPress ;
- Le fichier theme.json qui fixe les réglages au sein du thème ;
- Les réglages de l’éditeur de styles qui sont stockés en base de données ;
- Les configurations spécifiques à un bloc présent dans une page de votre site ;
Cela peut paraître un peu compliqué mais cette approche offre la plus grande granularité qui soit, du global vers l’atomique (le bloc).
Cet écran de gestion des styles est donc très facile d’utilisation avec l’absence totale de code à manipuler. Exit les feuilles de styles SCSS ou CSS, tout est géré automatiquement par WordPress avec un code final très propre.
Pages : un simple accès rapide
Ce panneau vous donne accès aux pages du site au sens WordPress du terme. Peu utile selon moi bien que cela se justifiera par le fait que celles-ci sont les plus à même à subir des modifications profondes depuis l’éditeur.
Modèles : le centre de contrôle de vos templates
Un panneau des plus importants ! Il centralise l’ensemble des modèles ou templates de votre site.
Chaque page au sens large du terme est donc modifiable en accord avec la hiérarchie de modèles de WordPress. Un fichier HTML est exportable si vous souhaitez le proposer nativement dans votre thème ou en faire une sauvegarde.
Un simple clic sur le bouton Ajouter un modèle affichera une fenêtre modale avec l’ensemble des possibilités de contrôle offertes dans votre site Web. En fonction de la présence ou non d’une architecture personnalisée, l’éditeur vous proposera plus ou moins de modèles à créer. Pages d’archives ou éléments uniques ne sont que quelques uns des modèles à modifier.
C’est là le véritable apport du Full Site Editing : mettre en lumière l’existence de modèles qui étaient jusqu’ici connus des seuls développeurs.
Compositions : la notion de blocs réutilisables ou patterns
Le second écran le plus emblématique du FSE qui centralise l’ensemble de vos compositions.
Les compositions ou patterns sont des ensembles de blocs que vous pouvez stocker comme dans une bibliothèque. On distinguera les compositions synchronisées autrement dit réutilisables de manière synchrone dans vos contenus, des compositions non synchronisées c’est-à-dire sans liens entre elles.
À titre d’exemple, j’utilise une composition synchronisée pour l’encart publicitaire présent dans la colonne latérale des articles. Je peux donc modifier une fois la composition de blocs pour qu’elle soit répercutée sur l’ensemble des pages du site qui l’affiche. Depuis WordPress 6.6, les surcharges de composition vont plus loin : vous pouvez modifier le contenu des blocs Titre, Paragraphe, Bouton et Image dans chaque occurrence d’une composition synchronisée, tout en conservant une mise en forme identique partout. Depuis WordPress 7.0, une composition insérée se comporte par défaut comme un bloc unique : vous modifiez ses textes et ses médias sans toucher à sa structure, et un mode d’édition isolé s’ouvre quand vous voulez la retoucher. Fini la chasse aux blocs imbriqués !
Autre concept un peu particulier présent dans cet écran, les éléments de modèles ou template part. Ils font référence à des sections qui ne peuvent être embarquées qu’une seule fois dans une page. Ce sont les en-têtes, les pieds de page, les mini-panier WooCommerce ou tout autre élément lié à une zone qui sont listés ici. Ils fonctionnent bien évidemment avec l’éditeur de blocs.
Les éléments de modèles étaient eux aussi bien connus des développeurs jusqu’à alors, le FSE les rend simplement visible et modifiable sans passer par le code.
Quels changements apportent le Full Site Editing pour la conception de thèmes WordPress ?
La conception de thèmes avant le FSE
Jusqu’à présent, les thèmes dits classiques ne permettent pas d’éditer autre chose que les articles, les pages et les menus. Certains thèmes premium plus élaborés vont plus loin avec :
- L’ajout de panneaux d’options pour personnaliser les styles comme les couleurs et les typographies ;
- La prise en charge d’un constructeur de pages comme Elementor ou WPBakery Page Builder pour faciliter la conception de pages plus élaborées ;
Mais chaque modification de structure nécessitent l’intervention technique d’un développeur ou l’ajout plus ou moins hasardeux de bouts de code par des utilisateurs néophytes en la matière.
Sur des projets professionnels, les thèmes sur-mesure se basent généralement sur des maquettes graphiques validées en amont par le client et la conception est réalisée selon les besoins du projet. Cela offre généralement une qualité de code optimale en termes de référencement, de performances, d’accessibilité et bien sûr d’expérience utilisateur. Les développeurs de thèmes utilisent le plus souvent des frameworks comme Bootstrap ou Tailwind pour le front et des extensions d’ajout de champs personnalisés comme Advanced Custom Fields pour concevoir des interfaces back sur-mesure. Autant cette approche est efficace et qualitative, autant elle limite la souplesse d’évolution : chaque changement de structure dans une page nécessitant l’intervention du développeur.
En résumé, la plupart des sites WordPress conçus reposent donc, au choix, sur l’utilisation d’un thème :
- Classique, le plus souvent gratuit, avec peu d’options sans constructeur de page ;
- Premium, qui embarque quasi-systématiquement un constructeur de page comme Elementor, Beaver Builder, WPBakery Page Builder ou d’autres ;
- Sur-mesure, réservé aux projets réalisés par des professionnels, pour un résultat unique et de qualité mais forcément plus coûteux ;
C’est ainsi que depuis près de 20 ans nous réalisons des sites sous WordPress. Il est temps d’évoluer !
La conception de thèmes avec le FSE
Le Full Site Editing amène une quatrième façon de faire avec la création de thèmes basés sur des blocs. Et cela change complètement la donne tant pour le développeur ou le designer de site au sens large, que l’utilisateur final.

Pour le développeur
En tant que développeur de thèmes WordPress, je suis directement concerné par ces changements technique pour lesquels j’ai dû :
- Apprendre ou plutôt ré-apprendre le développement de thèmes : les thèmes basés sur les blocs ne sont pas conçus de la même manière que les thèmes de la génération précédente. Ils utilisent beaucoup moins de fichiers PHP, reposent plus largement sur le JavaScript – sans que cela ne soit bloquant en réalité, et reposent sur de nouvelles conventions avec notamment l’arrivée du fameux fichier theme.json. C’est aussi l’approche par composants qui s’imposent tant au niveau du code que l’éditeur, les deux étant à présent intrinsèquement liées. On y gagne en logique fonctionnelle ;
- Simplifier le socle technique : exit l’utilisation de frameworks CSS comme Bootstrap ou Tailwind, nous utiliserons désormais le design system natif de WordPress reposant sur des technologies modernes comme les variables CSS, les polices variables, les grilles CSS, les boîtes flexibles ou flexbox, etc. Au-delà du thème, ce sont aussi de nombreuses extensions qui deviennent inutiles ou obsolètes ;
- Expérimenter de nouvelles techniques : l’adoption du FSE nécessite de lâcher ses anciennes croyances pour s’ouvrir à la nouveauté. Derrière ce poncif éculé se cache un réel frein à l’adoption de ce nouveau paradigme : soit on se lance seul en s’auto-formant, soit on attend que les documentations et autres tutoriels arrivent à foison pour tester. Comme toujours, il faut savoir sentir tourner le vent et changer de cap au bon moment : ni trop tôt, ni trop tard ;
C’est donc beaucoup de travail pour appréhender ces changements pas toujours évidents à comprendre mais passionnants à déployer une fois la logique comprise. J’encourage donc tous les développeurs à s’y mettre sans tarder davantage !
Pour le web-designer
D’un point de vue de l’utilisateur final, l’édition complète de site facilite la modification du thème car :
- Le design system est modifiable directement depuis l’interface : vous pouvez changer globalement les styles, par type de blocs ou pour un bloc spécifiquement. À la manière d’un logiciel comme Figma ou Adobe XD, vous pouvez créer et voir les résultats directement depuis l’éditeur. C’est le grand retour du web-design sous WordPress, bien trop mis à l’écart au profit des éditeurs d’extensions ces dernières années ;
- Les compositions ou patterns instaurent le principe de composants réutilisables : en tant que web-designer, il n’est pas rare de concevoir des éléments de section qui seront identiques sur plusieurs modèles de pages. Le FSE intègre cette dimension en facilitant l’ajout de sections prêtes-à-l’emploi de manière indépendante entre les contenus, ou à contrario, totalement synchronisées. Vous pourrez alors penser le projet comme une bibliothèques d’items qui s’imbriquent les uns avec les autres vous donnant une liberté créative démultipliée ;
- L’accès aux modèles de pages de la quasi-totalité du site : page d’accueil, pages d’archives de vos types de contenus ou de vos taxonomies, tunnel de vente sous WooCommerce, etc. sont directement modifiables via l’éditeur de site. Plus besoin de passer par le code pour ajouter des éléments ou d’avoir recours à Advanced Custom Fields pour ajouter des panneaux d’options en série. Concentrez-vous sur le design, délaissez un peu le code ;
En résumé, le Full Site Editing révolutionne la création de sites Web en donnant aux utilisateurs un contrôle total sur la conception et la mise en page de leur site. Avec cette nouvelle approche, il n’a jamais été aussi facile de créer un site Web personnalisé et unique.
Les avantages du Full Site Editing
Abordons à présent les points forts du FSE pour les utilisateurs finaux, les concepteurs de sites (développeur ou web-designer) et les clients.
Pour le web-designer
En replaçant les choix artistiques au centre du jeu, le FSE donne une place plus importante au métier de web-designer. Je vous livre ici les principales raisons de cette vision :
- Le développement de modèles ou templates : c’est le point central du Full Site Editing ! Permettre aux concepteurs de sites de modifier des pages qui jusqu’à alors nécessitaient d’intervenir sur le code du thème. Vous souhaitez modifier la page d’archive listant les actualités, une page auteur en particulier ou encore créer un modèle de page spécifique ? Faites-le directement depuis l’interface et visionnez le résultat en temps réel ;
- La simplification du processus créatif : le design system est directement géré depuis l’interface d’administration. Cela évite les allers-retours incessants entre votre logiciel de design favori, l’éditeur de code et l’affichage dans le navigateur. Vous pouvez même envisager de concevoir des maquettes fonctionnelles directement dans WordPress sans difficultés. La phase 3 du projet Gutenberg, consacrée à la collaboration, a déjà apporté les Notes (WordPress 6.9) : des commentaires attachés aux blocs, qui préviennent par e-mail l’auteur de la publication et, depuis WordPress 7.1, les personnes mentionnées avec l’arobase (@). L’édition à plusieurs en temps réel, un temps prévue pour WordPress 7.0, a été retirée avant la sortie et fait l’objet d’une nouvelle approche, sans date annoncée. Les barrières de communication entre graphistes et développeurs tombent peu à peu ;
- La création d’une bibliothèque de composants réutilisables : le déploiement massif des blocs offre l’avantage d’adopter une logique par composants qui s’imbriquent les uns dans les autres. Les compositions illustrent ce concept et fluidifie la création des gabarits. C’est aussi un gain de temps pour les faire évoluer en masse. Imaginez par exemple que vous ayez à changer la police de tous vos boutons ou encore l’arrondi sur les images : quelques clics suffisent pour tester et valider le rendu final ;
- La gestion d’une bibliothèque de polices : disponible depuis WordPress 6.5, elle permet d’installer et d’envoyer vos propres polices directement depuis l’administration. Depuis WordPress 7.0, elle dispose de sa propre page, Apparence > Polices, accessible quel que soit le thème, classique compris. Un excellent moyen d’apporter davantage de créativité, en remplacement des polices Google bien trop vues sur le Web ;
Pour le Développeur
Les développeurs bénéficient d’une flexibilité sans précédent avec le FSE. La personnalisation des thèmes atteint un nouveau niveau, ouvrant la porte à des designs plus avancés et sophistiqués. Les développeurs peuvent créer des thèmes plus rapidement tout en offrant une variété de fonctionnalités personnalisables.
Je retiendrais également les avantages suivants :
- Des performances d’affichages inégalées : les ressources CSS et JavaScript sont chargées uniquement si le bloc les utilisant est présent dans la page. Cette logique de composant offre ainsi nativement les meilleures performances qui soient. Il n’est plus nécessaire de conditionner le chargement le chargement des scripts en fonction de la hiérarchie des modèles de WordPress – cela reste toutefois valable pour des extensions qui n’ont pas encore adopté cette approche. Vous pourrez donc obtenir les meilleurs scores dans PageSpeed avec un constructeur de pages, impensable et pourtant c’est une réalité ;
- Une souplesse évolutive : vous pouvez tester sans en direct des changements et les faire approuver par votre client ou tout simplement voir si cela fonctionne bien sans passer par la phase de déploiement généralement plus fastidieuse (compilation des ressources, envoi sur le serveur, etc.) même si vous utilisez du CI / CD ;
- Une réduction de la dépendance aux thèmes : les thèmes basés sur les blocs sont de plus en plus agnostiques. Comprenez par là qu’il sera possible de basculer d’un thème à un autre sans impacter la structure et la logique de vos contenus, celles-ci étant régies par les blocs et leurs réglages stockées en base de données ;
- La fin des shortcodes ou codes courts : dites adieu à ces bouts de code entre crochets largement utilisés par les constructeurs de pages ou les extensions. Je vous recommande les bannir définitivement au profit des blocs qui offrent des réglages directement puis l’interface d’administration ainsi que les options de styles ;
- Une réduction de la quantité de code à produire pour arriver à vos fins : j’ai drastiquement réduit la quantité de code nécessaire pour chaque projet, facilitant ainsi la maintenabilité de ce dernier dans la durée. Il est, par exemple, moins fréquent de filtrer certains éléments à l’aide des crochets, car les blocs gèrent nativement certaines options. Privilégiez le FSE c’est adopter une approche durable ;
Pour le Client
Pour le client final qui n’est pas toujours au fait des choix techniques et de leurs implications sous-jacentes, le recours au FSE représente :
- Une économie sur le long terme : je ne dirais pas que le budget de création ou de refonte d’un site Web va diminuer dans sa globalité. Au contraire, nous pouvons aller plus loin dans le niveau détails sur des budgets équivalents. La réelle différence budgétaire s’opère selon moi sur la maintenance évolutive : les ajustements de conception sont réduits car il est nettement plus simple d’opérer des modifications d’ordre visuelles ;
- Une autonomie de gestion des contenus renforcée : cette flexibilité inhérente aux thèmes basés sur les blocs se retrouve au quotidien dans l’édition des contenus. Que ce soit pour ajouter un bandeau temporaire, éditer les visuels d’une galerie sur l’accueil du site, étoffer la page boutique ou encore créer des pages d’atterrissages à la chaîne à l’aide des compositions, le client gagne en indépendance vis-à-vis de la technique. C’est un bienfait car le site Web doit pouvoir refléter en quasi-temps réel la stratégie de conversion qui s’adapte en permanence. Des sites moins figés, davantage maintenus à jour et des conversions revues à la hausse ;
- Une interface d’administration simplifiée : les menus et les widgets disparaissent au profit de l’éditeur. Les widgets deviennent des blocs tout comme les menus bien que la gestion de ces derniers nécessiteraient encore quelques améliorations ;
Les projets Web se basant sur le FSE sont clairement gagnants sur tous les tableaux. Ils seront particulièrement adaptés pour des équipes aux profils non techniques des départements communication et marketing.
Les limites du Full Site Editing
Autant l’arrivée de l’éditeur de contenu avec les blocs m’avait laissé grandement dubitatif jusqu’au printemps 2023, autant le FSE m’a rapidement emballé et ce, pour les raisons évoquées plus haut.
Néanmoins, il faut rester objectif en évoquant quelques points qui peuvent freiner l’adoption du FSE dans vos projets :
- Une courbe d’apprentissage forte… pour les anciens utilisateurs ou développeurs habitués aux pratiques de développement des thèmes classiques. Ce fut mon cas avec plus d’une décennie dans le domaine ! Mais comme toujours dans nos métiers, il faut savoir s’adapter et remettre en cause les acquis pour se faire son avis. Il vous faudra nécessairement de longs mois d’apprentissage pour bien maîtriser les apports du FSE. Mais je vous garantis qu’une fois le cap franchi et la nouvelle logique intégrée dans votre processus créatif ce n’est que du bonheur ;
- Des blocs encore trop peu nombreux chez les éditeurs d’extensions : le cœur s’est pourtant nettement étoffé (Accordéon en 6.9, Icône et Fil d’Ariane en 7.0, Onglets et Liste de lecture en 7.1), mais toutes vos extensions habituelles n’ont pas encore fait l’effort d’ajouter des blocs dans l’éditeur. Elles sont encore nombreuses à se reposer sur leurs lauriers avec le recours aux codes courts. Ces derniers sont certes compatibles avec l’éditeur moderne mais les possibilités de personnalisation sont inexistantes et vous aurez rapidement envie de les faire évoluer. Chers éditeurs, bougez-vous sinon d’autres prendront vos places chèrement acquises car le temps est au changement ;
- La documentation encore éparse : le manque de documentation autour du projet Gutenberg fait toujours défaut mais force est de constater de réelles améliorations ces derniers mois à ce sujet. Nous commençons à trouver des ressources officielles maintenues à jour avec des exemples concrets. Il reste des progrès à faire mais soulignons les efforts. Je compte contribuer à mon niveau sur ce blog en publiant régulièrement des tutoriels sur le FSE ;
- Une personnalisation excessive : trop de choix tue le choix ! Cet adage est d’autant plus vrai que le FSE apporte tellement de possibilités créatives que cela pourra en dérouter plus d’un. Toutefois, les professionnels ont besoin de ces outils pour concevoir des sites Web de qualité. Je m’inquiète davantage pour les utilisateurs néophytes qui se limiteront probablement à quelques réglages de l’éditeur de site et quelques blocs de base dans l’éditeur de contenu ;
- Des connaissances techniques qui restent obligatoires : même si le FSE amène une approche tournée vers le no-code, il faut tout de même rappeler que des bases en développement Web – notamment sur le front-end, restent plus que nécessaires pour produire des sites Web de qualité ;
Au stade actuel des développements, je dirais que le Full Site Editing s’adresse particulièrement aux concepteurs de sites Web autrement dit au secteur professionnel qui attendait ce type d’outils. Seuls des utilisateurs passionnés et avec un minimum de bagage technique pourront en tirer son plein potentiel.
Quel avenir pour les constructeurs de pages ?
Soyons clairs : les constructeurs de pages tels que vous les connaissez dans leurs formes actuelles vont disparaître. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils seront en concurrence directe avec les outils natifs proposés par WordPress. Il n’y aura donc plus besoin de passer par une extension tierce pour combler un manque qui aura disparu.
Un utilisateur aura toujours intérêt à privilégier :
- Une solution native et maintenue : tout le cœur de WordPress repose sur le projet Gutenberg, c’est donc pleinement ancré dans l’ADN du CMS pour très longtemps ;
- Un outil performant : le FSE est clairement celui qui offre les meilleures performances avec son code optimisé à la différence où les constructeurs de page sont en retard sur pas mal d’aspects techniques ;
- Un logiciel gratuit : cela semble évident mais WordPress est gratuit ce qui n’est pas le cas des extensions ;
À partir de ce constat, je ne vois que des deux voies possibles pour ces constructeurs tiers :
- Évoluer en adoptant pleinement le FSE et l’enrichissant de nouvelles fonctionnalités : c’est le cas de certains thèmes populaires comme Kadence ou Astra qui ont fait le choix du FSE comme constructeur au détriment des solutions alternatives. Ils pourront aussi apporter une touche d’intelligence artificielle ou des blocs supplémentaires ;
- Stagner en bloquant l’utilisation du FSE tout en continuant à capitaliser sur la base existant de leurs utilisateurs : une stratégie risquée à long terme ;
En fin de compte, le succès continu des constructeurs de pages dépendra de leur capacité à s’adapter aux nouvelles tendances et aux besoins changeants des utilisateurs. L’évolution de ces outils dépendra largement de la manière dont ils parviennent à équilibrer la facilité d’utilisation avec des fonctionnalités puissantes et flexibles. Et puis c’est aussi une question d’habitudes et d’affinités avec les outils au sein d’un écosystème qui favorise justement la liberté de choix.
Comment tester le Full Site Editing ?
Vous l’aurez compris à la lecture de cet article, vous devez disposer d’un thème compatible pour tester le Full Site Editing. Sans cela, vous n’aurez pas accès au menu Apparence > Éditeur : avec un thème classique, WordPress affiche à la place Apparence > Compositions, ou Apparence > Design si le thème déclare des styles d’éditeur ou un fichier theme.json.
Comme tout changement de thème implique des impacts directs sur votre site en production, il est fortement recommandé de créer un clone pour effectuer vos tests. Il s’agit d’une opération bien souvent lourde et complexe sur le plan technique.
C’était sans compter sur WordPress Playground, qui permet tout simplement de tester WordPress depuis votre navigateur. Oui, vous avez bien lu ! Il est désormais possible de découvrir l’univers merveilleux de WordPress sans rien installer. Profitez-en pour tester Twenty Twenty-Five, le thème par défaut actuel, qui démontre tout le potentiel du FSE.
Voici une vidéo de présentation (en anglais) pour découvrir ce service au potentiel incroyable :
Les utilisateurs les plus aguerris pourront installer WordPress sur une instance locale avec des logiciels comme MAMP PRO ou Local, et commencer à coder leur premier thème basé sur les blocs.
Où trouver des thèmes compatibles FSE ?
Comme à l’accoutumée, le plus simple est de démarrer votre recherche avec le répertoire officiel des thèmes WordPress qui dispose d’un filtre spécifique. Les thèmes par défaut qui sont installés automatiquement et gratuitement avec votre installation WordPress constitue également une excellente base de démarrage.
En résumé
En conclusion, le Full Site Editing va au-delà d’une simple mise à jour de WordPress. Il révolutionne la manière dont les sites web sont conçus, offrant une personnalisation complète à tous les niveaux. Que vous soyez un utilisateur final cherchant à créer un site attrayant, un développeur visant l’efficacité, ou un client souhaitant une autonomie accrue, le FSE est la réponse à ces nouvelles attentes. La logique initiale du CMS reste la même, à savoir : faciliter la publication de vos contenus, mais elle s’enrichie pour répondre à ce besoin exponentiel de personnalisation et de rapidité.
Pour aller plus loin, je vous invite à voir la rediffusion de la table ronde que j’ai animé au WordCamp Biarritz en compagnie d’un panel représentatif d’utilisateurs de WordPress. Ils vous donneront leur vision sur l’avenir de WordPress et leur avis sur le Full Site Editing.
Questions fréquentes
Le Full Site Editing est-il obligatoire ?
Non. Les thèmes classiques restent pris en charge par WordPress et fonctionnent comme avant. Le FSE ne s’active qu’avec un thème basé sur les blocs.
Peut-on profiter du FSE avec un thème classique ?
En partie : les compositions, la bibliothèque de polices (depuis WordPress 7.0) et, si le thème le déclare, les éléments de modèles en blocs (depuis WordPress 6.1) sont accessibles. L’éditeur de site complet reste réservé aux thèmes basés sur les blocs.
FSE ou Elementor : que choisir ?
Le FSE est natif, gratuit et produit un code léger ; un constructeur comme Elementor ajoute une couche logicielle, avec ses propres widgets et sa propre logique de mise en page. Pour un nouveau projet, je privilégie le FSE. Pour un site existant, la migration se prépare, car les contenus créés avec un constructeur ne se convertissent pas automatiquement en blocs.
Pour tester l’édition complète de site, essayez Gutty, mon thème FSE gratuit.

Merci pour cet article complet, bien documenté, et très clair sur le FSE
Merci !